Datation
Les débuts des travaux ont été entamés sous le règne de Henry IV. Après de nombreuses années de guerre entre protestants et catholiques, la paix s'est enfin installée dans le royaume de France. Quelques années auparavant, en 1576, par le cinquième édit de pacification, Henri III avait réhabilité la mémoire de Gabriel Ier de Montgommery et avait rendu à ses enfants, ses biens. Parmi ceux-ci, seul un manoir était, semble-t-il, encore habitable à Ducey. Gabriel II de Montgommery entra en possession de cette seigneurie en 1596, trois ans après son mariage avec Suzanne de Bouquetot, dame du Breuil en Auge. Il était alors gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, capitaine de 50 hommes d'armes et gouverneur de Pontorson. Un aveu daté de 1608 permet de penser qu'il envisageait déjà la construction d'un château sur ce site, l'ancien ayant été "desmolly et abattu (...) par les guerres et hostillitez qui ont eu cours es temps passez" et le manoir ne lui suffisant probablement plus.

Plan tiré de l'étude de Alain Prévet
"Le Château deDucey",
Bulletin Monumental, T.153-IV, 1995.
Essai de restitution de plan.
Le Plan

L'état actuel du château permet difficilement de se représenter le parti architectural adopté à l'origine. Mutilé à partir de 1864, il consiste aujourd'hui, en un vaste pavillon flanqué d'un escalier monumental et d'une aile devenue une résidence indépendante qui se retrouve isolée à quelques mètres au nord du pavillon. Hormis celle immédiatement à droite du porche, les grandes fenêtres du rez-de-chaussée surélevé sont des créations du XIXème siècle, attestées par des documents d'archives. La trace du départ de l'aile sud avec sa souche de cheminée et le tracé des deux versants de sa toiture sont visibles sur les photographies du pavillon prises au début du siècle. A l'origine, le plan du château était classique : un plan en U se tournant vers la rivière et entouré de fossés. Il comportait des dimensions aussi ambitieuses que le train de vie que menait un grand seigneur tel que l'était Gabriel II de Montgommery.
Description

Les colonnes baguées au premier plan encadrent les restes du château, remarquable par une élévation extrêmement riche et polychrome. Se juxtaposent le granit et la brique pour le parement et la pierre calcaire pour les décorations les plus délicates.
Accolé au pavillon subsistant, le porche surélevé portant terrasse est lui-même précédé d'un perron constitué par une volée double de marches à deux montées convergentes.
Trois travées triomphales abritent les armes des Montgommery et dominent les deux portes jumelles accédant à l'intérieur du château, au niveau du "Grand Premier".
L'escalier serait l'un des plus anciens escaliers à noyau à 4 volées actuellement connus et conservés au nord de la Loire. La cage d'escalier est ornée d'un enduit peint en fausses briques vertes et rouges avec pilastres et garde-corps feints. Constituées de trois volées par étage, les marches et la rampe sont composées de blocs monolithes en granit. Les balustres, quant à elles, sont taillées dans la pierre calcaire. L'escalier dessert cinq niveaux: les cuisines au sous-sol, le rez-de-chaussée surélevé dit du "Grand Premier", les 1er, 2ème étages et enfin les combles.
Les portes palières : la décoration très soignée alliant le calcaire et le granit, présente des motifs typiques de la fin du XVIème siècle.
La salle dite du "Grand Premier" est une vaste pièce desservie par un couloir. Elle abrite encore aujourd'hui une cheminée imposante et richement ornée notamment d'un tableau représnetant un guerrier antique brandissant son glaive devant une ville en feu. Au-dessus se trouve la devise de la famille : Martine non fortuna. Sur chacune des jouée de la hotte, sont représentés un guerrier et une guerrière antiques en grisaille : Mars et Minerve ?
Communiquant avec la salle du "Grand Premier", un petit cabinet remarquable avec son plafond à caisson à l'italienne, orné d'une peinture représentant Vénus et l'Amour encadrés de guirlandes de fleurs et de fruits. Cette iconographie renvoie à celle de la Renaissance italienne.

La chambre dorée se situant juste au dessus de la salle du "Grand Premier" est de même disposition. Elle abrite également une cheminée fastueuse ornée d'un tableau mythologique représentant probablement Apollon. Deux bouquets de fleurs décorent les jouées du manteau de cette cheminée.
Plafond à la française dont les solives sont entièrement peintes et ornées de petits tourillons en bois dorés. On voit encore distinctement des cartouches à fond bleu, des fleurs, des masques féminins couronnés de feuillages et encadrés d'arabesques. Cette décoration se poursuit dans le couloir annexe desservant les autres pièces de l'étage.
Le cabinet voisin est caractérisé par un plafond en solives ornées d'un cartonnage gaufré sur lesquelles se déploient des motifs de rinceaux. Le rouge, le bleu et le blanc dominent la composition.
Le sous-sol abrite une vaste pièce servant de cuisine et des pièces annexes : le charnier, la salle de bain ou encore des cachots.

La répartition thématique de l’iconographie par étage, c’est-à-dire le choix d’un thème en relation avec la guerre au rez-de-chaussée surélevé et la thématique pacifique du premier étage, renforcée par la présence de l'ordre dorique (ordre masculin par excellence) et de l'ordre ionique (ordre féminin) sur chacun des piliers de 1’escalier de ces niveaux, nous amènent à penser que le rez-de-chaussée devait desservir à l'origine les appartements de Gabriel II de Montgommery alors que le premier étage devait être réservé à sa femme Suzanne de Bouquetot.

Le parti architectural et décoratif témoigne encore aujourd’hui d’un projet ambitieux et novateur dû à un puissant seigneur dont la famille a marqué l’histoire de la Normandie et de la France.


(c) Tous droits réservés - Valérie HOULBERT.

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